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6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 05:01

vos participations
Mamazerty
http://danslesmallesdemamazerty.blogspot.com/2016/09/mardi-poesie-chez-lady-marianne-et.html


 

 

Le Revenant

 

Mères en deuil, vos cris là-haut sont entendus.
Dieu, qui tient dans sa main tous les oiseaux perdus,
Parfois au même nid rend la même colombe.
Ô mères ! le berceau communique à la tombe.
L'éternité contient plus d'un divin secret.

La mère dont je vais vous parler demeurait
À Blois ; je l'ai connue en un temps plus prospère ;
Et sa maison touchait à celle de mon père.
Elle avait tous les biens que Dieu donne ou permet.
On l'avait mariée à l'homme qu'elle aimait.
Elle eut un fils ; ce fut une ineffable joie.

Ce premier-né couchait dans un berceau de soie ;
Sa mère l'allaitait ; il faisait un doux bruit
À côté du chevet nuptial ; et, la nuit,
La mère ouvrait son âme aux chimères sans nombre,
Pauvre mère, et ses yeux resplendissaient dans l'ombre,
Quand, sans souffle, sans voix, renonçant au sommeil,
Penchée, elle écoutait dormir l'enfant vermeil.
Dès l'aube, elle chantait, ravie et toute fière.

Elle se renversait sur sa chaise en arrière,
Son fichu laissant voir son sein gonflé de lait,
Et souriait au faible enfant, et l'appelait
Ange, trésor, amour ; et mille folles choses.
Oh ! comme elle baisait ces beaux petits pieds roses !
Comme elle leur parlait ! l'enfant, charmant et nu,
Riait, et par se mains sous les bras soutenu,
Joyeux, de ses genoux montait jusqu'à sa bouche.

Tremblant comme le daim qu'une feuille effarouche,
Il grandit. Pour l'enfant, grandir, c'est chanceler.
Il se mit à marcher, il se mit à parler,
Il eut trois ans ; doux âge, où déjà la parole,
Comme le jeune oiseau, bat de l'aile et s'envole.
Et la disait : - Mon fils ! - et reprenait :
- Voyez comme il est grand ! il apprend ; il connaît
Ses lettres. C'est un diable ! Il veut que je l'habille
En homme ; il ne veut plus de ses robes de fille ;
C'est déjà très méchant, ces petits hommes-là !
C'est égal, il lit bien ; il ira loin ; il a
De l'esprit ; je lui fais épeler l'Évangile.
Et ses yeux adoraient cette tête fragile,
Et, femme heureuse, et mère au regard triomphant,
Elle sentait son coeur battre dans son enfant.

Un jour, - nous avons tous de ces dates funèbres ! -
Le croup, monstre hideux, épervier des ténèbres,
Sur la blanche maison brusquement s'abattit,
Horrible, et, se ruant sur le pauvre petit,
Le saisit à la gorge ; ô noire maladie !
De l'air par qui l'on vit sinistre perfidie !
Qui n'a vu se débattre, hélas ! ces doux enfants
Qu'étreint le croup féroce en ses doigts étouffants !
Ils luttent ; l'ombre emplit lentement leurs yeux d'ange,
Et de leur bouche froide il sort un râle étrange,
Et si mystérieux, qu'il semble qu'on entend,
Dans leur poitrine, où meurt le souffle haletant,
L'affreux coq du tombeau chanter son aube obscure.
Tel qu'un fruit qui du givre a senti la piqûre,
L'enfant mourut. La mort entra comme un voleur
Et le prit. - Une mère, un père, la douleur,
Le noir cercueil, le front qui se heurte aux murailles,
Les lugubres sanglots qui sortent des entrailles,
Oh ! la parole expire où commence le cri ;
Silence aux mots humains !

La mère au coeur meurtri,
Pendant qu'à ses côtés pleurait le père sombre,
Resta trois mois sinistre, immobile dans l'ombre,
L'oeil fixe, murmurant on ne sait quoi d'obscur,
Et regardant toujours le même angle du mur.
Elle ne mangeait pas ; sa vie était sa fièvre ;
Elle ne répondait à personne ; sa lèvre
Tremblait ; on l'entendait, avec un morne effroi,
Qui disait à voix basse à quelqu'un : - Rends-le moi !
Et le médecin dit au père : - Il faut distraire
Ce coeur triste, et donner à l'enfant mort un frère.
Le temps passa ; les jours, les semaines, les mois.

Elle se sentit mère une seconde fois.

Devant le berceau froid de son ange éphémère,
Se rappelant l'accent dont il disait : - Ma mère,
Elle songeait, muette, assise sur son lit.
Le jour où, tout à coup, dans son flanc tressaillit
L'être inconnu promis à notre aube mortelle,
Elle pâlit. - Quel est cet étranger ? dit-elle.
Puis elle cria, sombre et tombant à genoux :
- Non, non, je ne veux pas ! non ! tu serais jaloux !
Ô mon doux endormi, toi que la terre glace,
Tu dirais : - On m'oublie ; un autre a pris ma place ;
- Ma mère l'aime, et rit ; elle le trouve beau,
- Elle l'embrasse, et, moi, je suis dans mon tombeau !
Non, non !

Ainsi pleurait cette douleur profonde.

Le jour vint ; elle mit un autre enfant au monde,
Et le père joyeux cria : - C'est un garçon.
Mais le père était seul joyeux dans la maison ;
La mère restait morne, et la pâle accouchée,
Sur l'ancien souvenir tout entière penchée,
Rêvait ; on lui porta l'enfant sur un coussin ;
Elle se laissa faire et lui donna le sein ;
Et tout à coup, pendant que, farouche, accablée,
Pensant au fils nouveau moins qu'à l'âme envolée,
Hélas ! et songeant moins aux anges qu'au linceul,
Elle disait : - Cet ange en son sépulcre est seul !
- Ô doux miracle ! ô mère au bonheur revenue !
Elle entendit, avec une voix bien connue,
Le nouveau-né parler dans l'ombre entre ses bras,
Et tout bas murmurer : - C'est moi. Ne le dis pas.

Victor hugo - les contemplations-

c'est un peu long mais tellement beau-
seul Victor Hugo peut nous émerveiller
sur ce sujet douloureux
qu'est la perte d'un enfant-

 

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commentaires

kimcat 07/09/2016 11:44

Tu as bien choisi... C'est tellement magnifique...
La plume de Victor Hugo frise l'excellence...
Pas une mauvaise idée de publier un poème que l'on aime tout particulièrement le mardi...
Je vais y participer.
Bizzz

LADY MARIANNE 07/09/2016 14:20

merci Béa ! bisous-

khanel3 07/09/2016 06:37

merci, un texte magnifique ! bonne journée

covix 06/09/2016 23:02

C'est un texte merveilleux et en effet la perte d'un enfant est un drame plus grand que le bout de la vie.
Bonne soirée
Bises

colettedc 06/09/2016 19:58

Comme c'est beau, en effet, Marianne ! J'♥ beaucoup ! Bonne et belle soirée ! Bises♥

fanfan 06/09/2016 15:45

Je ne me lasse pas de Victor Hugo ! Bises

Renee 06/09/2016 14:41

j'ai visité un peu mais m'arrête ici tant c'est beau mais.....triste. Bisous Lady

MéMéYoYo 06/09/2016 09:36

C'est très beau - et triste - Comme tu dis c'est un dure sujet - bonne journée - gros bisous

mamazerty 06/09/2016 08:27

j'en ai les larmes aux yeux.Hugo, un grand "peintre" d e l'âme humaine.....merci beaucoup de me permettre de commencer cette journée avec tant de profondeur

jill bill 06/09/2016 06:21

Notre fille et gendre ont connu cette douleur, une fille est née après la perte de Matti, mais la cicatrice de l'absence demeure merci, bises de jill

dom 06/09/2016 06:10

Beaucoup de sensibilité dans ce poème sur un sujet douloureux.
Le grand Victor sait nous émouvoir.
Bon mardi, dans l'effervescence des préparatifs de départ.
Bisoux, lady

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